Plus un jour ne passe sans que l’on nous parle de la révolution ou de l’économie digitale, de la propriété des datas, ou encore de l’importance de la privacy. Que diable est-il arrivé à la langue française ? La révolution, et l’économie, 4.0 (ou la version que l’on trouvera la plus adéquate), ne signifie pas la disparition du français.

L’adjectif «digital» est un faux ami. Il ressemble en effet à s’y méprendre à l’adjectif anglais digital qui, lui, a deux significations différentes. On peut le traduire en français par digital ou numérique, mais en français ces deux termes ont des sens très différents. Digital est relatif aux doigts, alors que numérique se rapporte aux chiffres. Ainsi, lorsque l’on parle de révolution ou d’économie digitale, on parle en réalité de révolution et d’économie des doigts. Si l’on veut faire référence aux apports de l’informatique, il faut alors parler de révolution et d’économie numériques.

Si certains anglicismes techniques sont parfois défendables car il n’y a pas (encore) de terminologie reconnue, ce n’est pas le cas du mot data. Il ne traduit en effet rien d’autre que le mot «donnée» en français. Au contraire, il est même moins précis puisqu’il ne différencie pas entre la donnée et les données.

En anglais, «data» est en effet un nom singulier qui fait référence à un groupe et peut s’utiliser avec un verbe au singulier ou pluriel, même si les américains préfèrent le faire suivre d’un verbe au singulier. «Data» n’a pas de forme plurielle et «datas» n’existe donc pas, même en anglais. La valeur des données, le traitement des données ou encore la protection des données sont des formulations correctes et très compréhensibles en français.

Quant au concept de privacy que certains différencient de la protection des données, il m’échappe aussi. Pourquoi ne pas parler de sphère privée, qui est l’exacte traduction, si ce n’est pour économiser un mot ? Cela est d’autant plus juste qu’en anglais la protection des données se traduit par «Data Protection» et non «privacy» !

Déchiffrer ou décrypter: essayons d’y voir clair
On déchiffre un message lorsque l’on cherche à retrouver le texte en clair à l’aide de la clé (que l’on connaît par exemple parce qu’on l’a échangée précédemment). On décrypte en revanche un message quand on ne connaît pas la clé ou le code et qu’on essaie de le casser, en recourant par exemple à la cryptanalyse.

Le chiffrement ou le codage est donc l’opération par laquelle un message est rendu inintelligible à quiconque ne possède pas la clé permettant de le retrouver dans sa forme initiale. L’«encryption» n’existe pas en français et le terme «cryptage» devrait être évité à moins qu’il n’y ait volontairement pas de clé de déchiffrement connue.

Faisons donc un effort pour défendre la langue française, mais aussi pour être sûr d’être compris !

Mise à jour 24 août 2016
Les termes courrier électronique et courriel sont de plus en plus souvent utilisés, alors que l’abréviation mél. (que l’on peut utiliser selon l’Académie française  devant une adresse à la manière de tél. devant un numéro de téléphone) est assez rare. On voit aussi e-mail, qui est un anglicisme que l’on peut aisément éviter.

Le pire est toutefois l’utilisation de mail. En anglais, mail correspond en effet seulement au courrier postal classique et non au courrier électronique (désigné par e-mail). En utilisant le mot mail, on fait donc référence à la traditionnelle enveloppe papier et pas à un courrier électronique.